Culture

12 Janvier 2010: je m’en rappelle encore!

Partager
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Tu as sonné à ma porte sans que je sois prêt. Faute de connaissance ou était-il question de mauvais temps ? Tu me l’as arraché comme si je t’avais fait un prêt. Enveloppé par la poussière et le noir, quand elle perdait le menton. Demi-nu, je cherchais une direction pour nous en sortir mais tu m’as carrément habillé par la douleur et le cri de la peur, où les pleurs et les blessures s’embrassaient contre moi éreinté, j’ai cru vouloir être en contact avec son souffle.

En une fraction de secondes, j’ai beau visualisé la nature mais j’ai dansé seul, les pas restants du Goudougoudou, protestant de religion, la nature m’a mis sur une scène de vaudou: Ayibobo! À bas la vie! Anmweyy! Jésus! J’ai essayé de courir mais je ne faisais que reculer en voyant quelqu’un sans connaître le sexe perdre son cul les bras détachés, les oreilles jouant la place du nez tout en assistant un nouveau-né devenir orphelin d’un coup de Dé.

Confusion, Excitation! Comme s’il tenait à tous de me demander, qu’as tu ? Est-ce la fin du monde ? Et là, je perdais la voix, inconsciemment battu, j’ai pleuré la terre qui n’était plus ronde. Il était ce Mardi 12 Janvier 2010, à Port-au-Prince vers quatre (4) heures de l’après-midi, où les cris du monde terrestre m’ont chassé de ma vraie vie. Je doute encore s’il s’agissait d’une survie mais ce jour, j’ai appris comment épouser le désespoir avec la mort comme officier d’état civil, j’ai appris comment épauler le vide en face en perdant celle qui venait tout juste de me mettre au monde “Ma mère”.

Et me voilà maintenant, ce 10 Janvier 2020, dix (10) ans après. Je me souviens de sa voix, de son parfum, et de son attention. Elle ne m’a pas donné un dernier mot, sais tu ? Elle faisait déjà des câlins à mon père sous les décombres. Je n’ai pas de frère, ni de sœur pour souffrir ; Je n’ai qu’une âme-soeur: la PAUVRETÉ. Je n’ai pas de soutien, j’ai un État sans état. Je n’existe pas, on dit tout simplement que je vis de folie ; oui, la folie de me nourrir, de m’éduquer, de me loger, de me divertir, de parler, de marcher, de toucher ; il ne reste que la voix. Je l’appelle encore, ma mère, ce cœur qui bat dans mon subconscient à chaque fois que j’ouvre les yeux. Hélas! le vent a tout emporté, et mon rêve, le pays l’a remporté au cimetière de mon existence qui regarde les autres réussir et moi maigrir sous les ordres de domesticité.

À quand une vie sans ignorance ?  À qui la vraie justice et le support État ? À quand l’éducation et une vraie planification routière ? Pour qui une meilleure société ? De ma vie, j’en ai pas marre. De mes frères, je meurs de fraternité. De mes sœurs, je pleure d’amour. Je parle peu, je réfléchis grand. Je meurs grand, je vis peu Toi, dis moi ? As-tu une vie ? M’aurais-tu conseillé de partir avec mes parents ? J’ai besoin de toi, de nous, de tous. Besoin d’un changement, mais le temps est limité et la mort est à nos trousses quotidiennement. Plus de temps de célébrer les jours et non les réalisations. L’être cher est parti mais dans ton cœur, il continue de vivre ; ne le tue pas, ne nous tue pas!

12 Janvier 2010 – 12 Janvier 2020: Haïti, acteur ou spectateur de développement raté ? Mes dix ans d’amertume, de faiblesse ou de force d’inconscience humanisée ? En tous cas, si tu veux de moi, vis et je te retiens sinon, meurs et je te suis!

Nidger Ferdinand J. PAUL (Nid’art le Slameur)

Commentaire